Elohimאֱלֹהִים

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Psaume 82 : le jour où Dieu jugea les dieux

Huit versets, un procès céleste, et une phrase que Jésus a reprise : « Vous êtes des dieux ».

« Dieu se tient dans l’assemblée de Dieu ; il juge au milieu des dieux. » (Psaume 82:1)

Le Psaume 82 ne compte que huit versets. Mais aucun texte de l’Ancien Testament ne nous fait entrer aussi directement dans le monde invisible. C’est un procès. Le juge est Dieu. Les accusés sont des elohim. Et la sentence change le cours de l’histoire.

Deux fois le même mot

En hébreu, le premier verset dit : ʾĕlōhîm niṣṣāb baʿădat-ʾēl, bᵉqereb ʾĕlōhîm yišpōṭ. Le mot ʾĕlōhîm y apparaît deux fois. La première fois, il est le sujet de verbes au singulier, « il se tient », « il juge » : c’est le Dieu d’Israël. La seconde fois, il suit bᵉqereb, « au milieu de » : on ne peut être au milieu que d’une pluralité. Ce sont les elohim.

Remarquez aussi la posture : Dieu « se tient debout ». Dans les tribunaux de l’Orient ancien, c’est l’accusateur qui se lève. Dieu est ici juge et partie : il se lève contre ceux qu’il avait établis.

L’acte d’accusation

« Jusques à quand jugerez-vous avec iniquité, et aurez-vous égard à la personne des méchants ? Rendez justice au faible et à l’orphelin, faites droit au malheureux et au pauvre. » (Psaume 82:2-3)

Ce que Dieu reproche à ces elohim n’est pas une faute de culte. C’est une faute de gouvernement. Ils devaient juger, c’est-à-dire administrer et protéger. Ils ont fait l’inverse. Et la conséquence est cosmique : « tous les fondements de la terre sont ébranlés » (verset 5).

Le partage des nations

Qui étaient ces juges ? Le Deutéronome donne la clé : « Quand le Très-Haut donna un héritage aux nations, quand il sépara les enfants des hommes, il fixa les limites des peuples d’après le nombre des fils de Dieu » (Deutéronome 32:8, selon un manuscrit de Qumrân et la Septante). Après Babel, les nations furent confiées à des princes célestes, tandis que Dieu se réservait Israël : « la portion de l’Éternel, c’est son peuple » (Deutéronome 32:9).

Daniel les appelle encore des « princes » : « le prince du royaume de Perse », « le prince de Javan », et « Michel, l’un des principaux princes » (Daniel 10:13, 20-21). Ce ne sont pas tous les fils de Dieu : la plupart sont restés fidèles. Ce sont certains d’entre eux, à qui des nations avaient été confiées.

La sentence

« J’avais dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme un prince quelconque. » (Psaume 82:6-7)

Dieu ne retire pas ce qu’il a dit : ils sont bien des elohim, des fils du Très-Haut. C’est précisément pour cela que la sentence est terrible. « Vous mourrez comme des hommes », littéralement « comme Adam ». Dire à des juges humains qu’ils mourront comme des hommes n’aurait rien d’une sentence : ce serait une banalité.

« Lève-toi, ô Dieu »

Le psaume se termine par un cri : « Lève-toi, ô Dieu, juge la terre ! Car toutes les nations t’appartiennent » (Psaume 82:8). Les nations confiées à d’autres doivent revenir à leur véritable propriétaire.

Jésus citera ce psaume pour répondre à ceux qui l’accusent de se dire Fils de Dieu : « N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? » (Jean 10:34). Et après sa résurrection, il enverra ses disciples vers « toutes les nations » (Matthieu 28:19). Le livre suit ce fil, de Babel à la Pentecôte, puis jusqu’à la croix, où « il a dépouillé les dominations et les autorités » (Colossiens 2:15).