« Au commencement, Elohim créa les cieux et la terre. » (Genèse 1:1)
C’est la première phrase de la Bible, et nous la lisons depuis l’enfance sans remarquer ce qu’elle a d’étrange. En hébreu, le mot traduit par « Dieu » est Elohim, אֱלֹהִים. Or Elohim porte la terminaison -im, celle du pluriel, comme chérubin ou séraphin. Et le verbe qui suit, bārāʾ, « créa », est au singulier.
Un nom au pluriel. Un verbe au singulier. Les rabbins l’avaient remarqué. Les Pères de l’Église aussi. Nos traductions, en écrivant simplement « Dieu », ont effacé la question.
Les réponses habituelles
Depuis deux mille ans, on propose trois grandes explications. La première est le pluriel de majesté : l’hébreu met parfois au pluriel un nom qui désigne un seul être, pour dire sa grandeur. Joseph, seul gouverneur d’Égypte, est appelé ʾădōnîm, « seigneurs » (Genèse 42:30). La deuxième voit dans ce pluriel une annonce de la Trinité. La troisième pense que Dieu s’adresse à sa cour céleste, comme lorsqu’il dit : « Faisons l’homme » (Genèse 1:26).
Chacune contient une part de vérité. Mais aucune ne répond à une question simple : pourquoi la Bible emploie-t-elle ce même mot, elohim, pour désigner d’autres êtres que Dieu ?
Ce que l’Écriture appelle « elohim »
Car le mot revient ailleurs, et il ne désigne pas toujours le Dieu d’Israël :
- Les dieux des nations. « J’exercerai des jugements contre tous les dieux (elohim) de l’Égypte » (Exode 12:12).
- L’assemblée céleste. « Dieu (Elohim) se tient dans l’assemblée de Dieu ; il juge au milieu des dieux (elohim) » (Psaume 82:1). Le même mot, deux fois dans la même phrase, avec deux sens.
- Les fils de Dieu. Dans le livre de Job, les bᵉnê hāʾĕlōhîm, « les fils de Dieu », se présentent devant l’Éternel (Job 1:6) et poussent des cris de joie quand la terre est fondée (Job 38:7).
- Un homme investi par Dieu. « Je te fais Dieu (elohim) pour Pharaon » (Exode 7:1), dit l’Éternel à Moïse.
Moïse résume tout cela en une formule : l’Éternel est « le Dieu des dieux » (Deutéronome 10:17). Il n’y a qu’un seul Dieu créateur ; mais il n’est pas seul. Il est l’Elohim au milieu des elohim.
La piste que propose le livre
Elohim ne désigne pas seulement une personne : il désigne un ordre d’existence, celui des êtres qui appartiennent au monde de Dieu. Le Dieu d’Israël en est la source et le chef. Autour de lui, l’Écriture montre des fils, présents avant la création de l’homme, qui chantent quand la terre est fondée.
D’où viennent-ils ? Le Nouveau Testament donne la clé : « En lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui » (Colossiens 1:16). Le Fils, présent « au commencement » (Jean 1:1), a formé ces fils pour travailler avec lui, et ils le suivent partout où il va (Apocalypse 14:4).
La plupart sont restés fidèles. Certains, à qui des nations avaient été confiées, ont jugé avec iniquité, et le Psaume 82 raconte leur procès. Mais ce sont là d’autres chapitres de l’histoire.
Pourquoi cette question nous concerne
Si le premier verset de la Bible parle d’une famille céleste, alors la dernière promesse de Paul prend un sens nouveau : « La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu » (Romains 8:19). On ne révèle pas ce qui n’existe pas. On révèle ce qui était déjà là, caché.
C’est tout l’objet du livre : remonter de ce pluriel du premier verset jusqu’à cette révélation annoncée, en lisant l’Écriture dans sa langue, lettre par lettre.